Limbes – Présentation d’Elisa Shua Dusapin

Un univers de toiles grises et de fumée. On dirait un crépuscule. Tout est calme. Nous sommes dans les limbes. Dans le règne de l’oubli.

Ceux qui vivent ici ne peuvent nous aider car ils ne savent plus d’où ils viennent, ni qui ils sont. Devenus des créatures étranges, ils errent, naïfs et sympathiques, dans l’éternelle attente.

Un jour, une jeune fille découvre cet endroit. Elle a tout oublié, jusqu’à la faculté de parler. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle n’est pas de là. Elle doit s’enfuir. Des êtres plus étranges les uns que les autres voudront l’aider. Mais peut-elle leur faire confiance ? Où trouver la clé dans un monde où les histoires et les souvenirs nous échappent ? La vérité a-t-elle encore un sens quand notre inconscient s’amuse avec l’imaginaire, que le rêve et la réalité se confondent ?

Dans cette nouvelle création du cirque Starlight, sur la piste ou dans les airs, le visage caché sous un masque larvaire ou exposé à la lumière des projecteurs, au son de mélodies lancinantes, une vingtaine d’artistes allient à la force de leur performance corporelle la poésie de la danse, la force évocatrice du mime, l’expression du théâtre pour vous transporter très loin d’ici, et pourtant si près de nous, le temps d’une traversée de « Limbes ».

Limbes

Mot du metteur en scène

Dans l’air du temps

Lorsque j’ai découvert les masques larvaires durant mes études à l’école Jacques Lecoq à Paris, j’ignorais encore qu’ils tiraient leur origine de la Suisse, pour flamboyer dans les rues de Bâle durant le carnaval. Les masques larvaires sont des masques employés à un stade non achevé de leur décoration ou de leur expressivité. J’ai tout de suite su qu’un jour je travaillerais avec eux.
Il fallait trouver un univers qui leur correspond. Les masques sont naïfs, innocents. Ils ont l’air perdus, mais cela ne leur pose pas de problème.
Nous en revanche, en tant qu’humains, nous avons peur d’être perdus. Nous avons peur de nous perdre dans la forêt, peur de nous perdre dans la vie. La peur est une émotion très désagréable et nous cherchons constamment à être rassurés.
C’est pour cette raison que j’ai imaginé des limbes, où tout le monde est perdu, sans que pour autant, ce soit la fin du monde. La vie continue. Car c’est souvent la peur de se perdre qui paralyse. Quand on est vraiment perdu, on cherche son chemin. On se met en action. Souvent aussi, c’est quand on arrête de chercher qu’une solution apparaît.
Evidemment, tout cela est plus simple à dire qu’à expérimenter. Je vous propose ce spectacle pour qu’à travers le parcours des artistes sur la piste et dans les airs, chacune et chacun ait l’occasion d’y voir en écho des morceaux de son propre chemin, réunis en chœur sous le chapiteau.
En tant que membre de la cinquième génération d’une famille de cirque, il m’est cher de rendre hommage à la tradition, au « cirque traditionnel », tout en y mêlant ma sensibilité et mon expérience des pratiques contemporaines.

Christopher D. Gasser